Sur sa page Facebook, Jérôme Pigeon revient sur le printemps 87, à l’époque est sorti son tube « Cache cache party » et rencontre Etienne et Elli lors d’une émission télé.

Il participera à l’enregistrement du superbe ‘Pour nos vies martiennes’, notamment pour le titre « Le Plaisir de Perdre ».

Comme lui, j’espère qu’il reprendra ce titre lors des concerts du Diskönoir Tour 😉

Voici le post complet :

« Printemps 87. J’ai 21 ans.

Tout s’accélère.
Notre single « Cache Cache Party » sorti quelques mois auparavant commence à décoller.
Le clip passe en boucle sur TV6 et ça me fait tout drôle de voir ma trombine à la télé.
On y fait quelques émissions accompagnés par Isabelle Roux (notre « maman Phonogram ») qui parvient comme elle peut à nous garder présentables : un 20h30 sur FR3 à Nice ou je saute dans la piscine qui sert de décor dès le début du playback avec la guitare que m’a prêtée James Trussart, une autre sur Canal + avec Pialat qui critique, comme à son habitude, le cinéma américain et à qui je demande en direct si c’est indispensable pour un film français qu’il y figure au moins un licenciement, un avortement, un divorce, un suicide, un inceste et un enterrement dans les 10 premières minutes (Il piquera sa crise sur le plateau mais me rappellera le lendemain pour me proposer le 1er rôle d’un film ou je devais être le petit frère de Bashung, qui ne se fera malheureusement jamais), une autre au Cap D’Agde ou on en vient quasiment aux mains avec Francis Lalanne qui nous agresse sans qu’on sache pourquoi en me hurlant dessus qu’il « baisait déjà des meufs quand j’étais encore dans les couilles de mon père et qu’il a la crinière des enfants de Dieu et pas moi » … (il sera calmé illico par Denis Sire des Dennis Twist qui menace, couteau à la main, de le planter si il ne nous lâche pas la grappe) et puis cette émission, « La nouvelle affiche », à St Etienne avec les Innocents, Carte de séjour, Gamine, Elli Medeiros et Etienne Daho dont je fais la connaissance ce soir la.
C’est le début d’une belle amitié jamais démentie (aussi bien avec Etienne qu’avec Elli)
Nous sommes voisins et commençons à nous voir fréquemment.
C’est très nouveau et très étonnant pour moi d’être reconnu et apostrophé par les gens dans la rue (c’est plus simple quand je suis avec Etienne ou (et) Elli, les gens se focalisant sur eux)
J’ai le souvenir d’avoir été avec lui au cinema sur les Champs un dimanche soir et de l’avoir vu gentiment signer des autographes pendant toute la séance. Aujourd’hui encore je trouve ça complètement surréaliste …
Ca ne durera que peu de temps pour moi, suffisamment néanmoins pour me déstabiliser.
C’est la Dolce Vita, on répète tous les après midi au Studio Parisien, rue de Bagnolet, et sortons tous les soirs (J’ai une ardoise au « Privilège » le resto du Palace qui deviendra vite plus importante que mon loyer …)
Je mets ainsi toutes les chances de mon coté pour que mon amoureuse de l’époque finisse par être excédée par mes débordements en tout genre et décide finalement de me quitter.
Le jour ou elle part je n’y crois pas trop, je l’aide même à entasser ses affaires dans la petit voiture rouge qui partira avec elle (je ne me souviens plus de la marque, je crois que je ne l’ai jamais su …)
La semaine qui suit nous partons faire quelques gigs à Grenoble et à Lyon ce qui fait un peu diversion et m’empêche de réaliser ce qui m’arrive mais quand je rentre le dimanche après midi rue Lepic, je trouve tout à coup ma maison bien vide.
Un sérieux coup de cafard me tombe alors sur le coin de la gueule…
Je décline l’invitation de mes compères Franck et José pour venir les rejoindre au « Thé dansant » du Bataclan ou mon amie « Rachel des Bois » joue ce soir la, si mes souvenirs sont bons.
Le téléphone sonne alors sans que j’ai eu le temps de défaire ma valise.
C’est Etienne qui m’appelle de Londres ou il enregistre son nouvel album.
Je lui fais part de mes déconvenues sentimentales, il me remonte le moral et me propose instantanément de venir le rejoindre pour me changer les idées.
Je n’ai donc même pas à défaire ma valise et repars direct direction Orly ou je prends le premier avion (pas d’Eurostar à l’époque)
L’album est déjà bien avancé, les bases de presque tous les morceaux sont la et je me rends tout de suite compte que ces chansons la vont le faire basculer dans un autre monde (ceci n’est pas une blague référentielle imbécile)
Ben Rogan le nouveau fiancé de mon amie Céline le co-produit avec Etienne. Toujours de bonne humeur. Son petit défaut de prononciation rend hilarant tout ce qu’il dit.
Un autre très bon ami à moi (de longue date) est dans la place : Jean Philippe Bonichon (JPB), il est l’ingénieur du son du disque.
Ca m’aide à me sentir moins impressionné.
Je fais connaissance avec Tox et Chuck, respectivement guitariste et batteur, avec qui le courant passe immédiatement.
Dans le studio mitoyen, Joe Jackson enregistre son nouveau disque, le seul souvenir que j’ai de lui (il m’arrive de la croiser à la machine à café ou à la cuisine du studio) est qu’il est très grand et pour le moins taciturne …
Etienne arrive au Studio, comme toujours lumineux et discret.
Il a un cadeau pour moi qu’il me donne et dont il dédicace la deuxième de couv’ : le génial album photos des Clash par Pennie Smith, alors compagne de Paul Simonon.
(J’interromps ma prose 5 minutes pour le chercher (et retrouver par la même sa dédicace) mais ne parviens pas à mettre la main dessus … chié, merde)
Il a un autre très beau cadeau pour moi, mais celui la, il le garde encore pour lui quelques jours.
Il se décide finalement à cracher le morceau.
« Jérome, il y a une chanson sur l’album ou je pense qu’on pourrait chanter ensemble »
((*%^$&^##)((*&) est la réponse que je bredouille …
La chanson s’appelle « le plaisir de perdre », il me la fait écouter et m’explique son idée :
– C’est une mélodie un peu lyrique sur laquelle on pourrait faire des choeurs évolutifs ensemble façon « Everly Brothers » et un pont au milieu ou nous pourrions chanter chacun notre tour, quand dis tu ?
Je contrôle mon émotion du mieux que je peux et réponds : Banco, let’s go !
Et on s’y met.
Il peaufine les lyrics au fur et à mesure ce qui rend amusante la prise, on recommence ainsi aux fils des changements de textes qui par ailleurs semble avoir été écrit pour moi tant il dépeint mon quotidien du moment qui est aussi le sien.
Au bout d’un moment il me laisse entièrement libre d’organiser les parties de choeurs et de contre-chants, encouragé par le camarade JPB qui, comme il me connait depuis très longtemps, sait que j’ai été « petit chanteur à la croix de bois » et que je suis plutôt doué pour les tierces, les secondes et les quintes.
On en vient à la partie du pont. Je suis, après coup, tout ému d’entendre ma voix, seule, sur une chanson d’Etienne …
Je n’ai même plus le temps de penser à mon chagrin d’amour (il aura sa revanche, qu’il se rassure … et ce sera bien long avant que ça ne passe …)
Je retourne à Paris avec la k7 de la mise à plat du « Plaisir de perdre » et c’est une torture pour moi de ne pouvoir la faire écouter (j’ai promis de ne pas le faire et tiens parole …)
Mon chagrin d’amour se prolongeant, Etienne aura d’autres occasions de me le rendre moins pesant en m’invitant au Zénith et sur quelques dates de la tournée ou nous reprendrons ensemble « notre » track avant quelques fameuses « after party » comme à Bruxelles (Coucou Cécile) ou après le concert au Forest National nous finissons dans une boite ou se déclenche une terrible bataille de pistolets à eau que nous avons achetés sur l’autoroute. je saute par dessus le bar pour recharger le mien, un barman excédé me plante une fourchette dans la main … la cicatrice que j’ai toujours est la pour attester de ce souvenir …
J’y rencontre Marcel Aube, bassiste à la chaloupe inimitable qui devient mon grand ami. C’est aussi à cette période que je fais la connaissance d’Edith et Jean-Louis mais je ne parviens pas à me souvenir quand exactement. (help Edith ?)
Cet épisode et ce moment la de ma vie me font penser à de très nombreuses personnes chères à mon coeur qui, j’en suis sur, se reconnaitront toutes, sans qu’il me soit besoin de les nommer ici.
Je n’ai pas vu Etienne depuis sa dernière visite à la Favela Londres (ça fait donc une paye), j’irai le voir le 23 octobre prochain au Koko et lui ferai savoir que si « Le plaisir de perdre » figure au menu des festivités je serai ravi, presque 30 ans après, de remettre le couvert …
« Répertorié, abonné absent,
Lorsque le soir enfin descend,
Se balancer du passé, du présent,
Du contre-pied, des contre-temps … »